
J’ai été discrète; aucune diffusion sur Facebook, ni grandes déclarations sur le sujet. Mais les derniers mois ont été difficiles. Certes pénibles pour Maïara et moi, mais très difficiles pour ma mère. Accompagner quelqu’un sur ses derniers miles de vie, et ce pendant plus de 4 ans, ça ne vient pas avec un livre d’instructions ni une batterie de rechange. Les petits problèmes du quotidien prennent une ampleur disproportionnée, grugeant chaque jour de précieuses onces d’énergie non renouvelable.
Et puis, il y a ce jour, où au travers les larmes d’une immense tristesse, on aperçoit une faible lueur au bout du tunnel; l’être aimé est finalement accepté à l’aide à mourir. Qu’on soit d’accord ou non, on se rallie à la décision de celui qu’on ne veut pas voir partir. Même si ça fait des mois qu’on en parle et qu’on remplit de la paperasse, le jour où le médecin nous dit, voilà, ça sera dans 4 semaines, précisément le 17 février, une onde de choc nous envahie. Personnellement, j’étais au volant. J’ai dû me ranger.
Depuis le début, j’essayais d’être forte, d’être présente, aidante, mais là c’en était trop. Pourquoi si rapidement? Mais ce n’est pas à moi de décider. Ça doit être maintenant. On n’a pas le loisir d’attendre, parce qu’à tout moment on peut perdre ce « privilège » et ne plus être éligible. Et puis, le 17 février c’est trop vite. C’est mieux le 15 mars, après l’anniversaire de maman. Donc ça sera le 15 mars. Je l’écris dans mon agenda. Mais qu’écrit-on dans son agenda? J’ai écrit « dernière chance ».
Dernière chance de dire les trucs qui ont vraiment de l’importance: merci; tu vas nous manquer; ne t’inquiète pas je serai là pour elle; et je veillerais à ce que Maïara se rappelle toujours de son papi.
Voilà, c’est ce que je voulais lui dire.
Donc, on commence à se préparer à cette journée. D’abord mentalement puis concernant le déroulement. Comment ça se passe. Où? Qui sera là? Comment? Les questions se bousculent, on ne comprend pas très bien le processus, puis on fait répéter encore. Mais le message de base est simple: le 15 mars. Moi je pense à Maïara, mon dieu comment je vais lui expliquer où est papi… simultanément je réalise quelle est si petite, si vulnérable.
Puis arrive la semaine du 14 février. Mon oncle est également près de mourir d’un cancer. Ma mère veut lui rendre visite une dernière fois en Abitibi, mais elle est déchirée, Réjean est malade. Il tousse. Il s’étouffe régulièrement. Donc, elle ne partira pas et ne reverra pas son frère. Elle court plutôt après le médecin. Elle, elle sait ce qui se passe; c’est une pneumonie. On n’avait pas besoin de ça.
Quelques heures plus tard, dans les bras de sa bien-aimée, papi nous a quitté. Un 17 février à 59ans. Je ne lui aurais finalement pas dit mes trucs. Encore une fois, on s’est dit qu’on avait le temps. C’est faux. Le temps, on ne l’a jamais. Il n’est pas à nous. J’étouffe. Je n’ai pas eu cette chance avec papa, et là, j’ai encore raté.
Quelques semaines plus tard, la vie semble reprendre doucement son cours. Les journées passent, mais quand la nuit tombe, ma mère pleure. De Montréal j’entends l’écho de ses larmes.
Ça nous amène ici, ce matin, à Naples en Floride, pour quelques semaines. Après trois longues journées de voiture avec Maïara et mamie, on est enfin arrivées au condo en bord de mer! Recharge de batterie assurée! Suivez nos aventures! Papi, veille sur nous. ♥️
Karina
Maïara et mamie